Le pont Mirabeau

S’il est un poème qui me suit, et pour tout dire me poursuit, depuis mon adolescence et demeure pour toujours comme une fleur vivace en moi, c’est Le pont Mirabeau de Guillaume Apollinaire.

Je dois sa découverte à un professeur de Français, mais aussi de musique, Gilbert Faurite. Je lui dois beaucoup, et pas seulement pour ce poème qu’il a fait découvrir à sa classe, une classe de Loriol-sur-Drôme où je vivais alors, en partie peuplée d’élèves du milieu rural . Je pense qu’il a eu beaucoup de mal à enseigner à mes camarades de classe. Il faut dire qu’avec la belle campagne toute proche, beaucoup pensaient plus à des escapades qu’à étudier. Mais notre professeur, très jeune et plein d’énergie et d’enthousiasme s’est malgré tout attelé à cette tâche ardue.

Guillaume Apollinaire
Guillaume Apollinaire
Un jour donc notre professeur vint en classe avec un recueil de poèmes d’Apollinaire (Alcools), et nous dit ce poème de façon fluide et musicale. N’était-il pas aussi professeur de musique et bon violoniste ? J’ai immédiatement été sous le charme de ces mots, de leur musicalité, mais aussi de l’infinie mélancolie qui émane de ce poème. J’ai entre autres été frappé par cette sorte de litanie des deux vers qui reviennent comme un refrain ou une incantation :
 
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
 
Quelques jours plus tard, avec mon argent de poche, je passai commande du recueil Alcools à la librairie-papèterie centrale qui était aussi fournisseur officiel des livres scolaires. Il m’a fallu patienter pratiquement un mois avant d’avoir ce trésor.
Léo Ferré en studio à Radio Monte Carlo
Ensuite, un peu par hasard, j’ai écouté à la radio Léo Ferré, un programme de notre radio nationale, je ne me souviens plus lequel, et ô surprise, parmi les chansons figurait son adaptation du Pont Mirabeau. La chanson de ferré peut-être écoutée ici: https://www.youtube.com/watch?v=5WFwtoXm1sc.
Après le poème c’est la chanson qui m’a poursuivi jusqu’à maintenant, où je l’intègre à Chanson d’en France et de la Francophonie, le florilège de la chanson française que je présenterai bientôt sur scène sous le pseudonyme de Raphaël Vaucourte (voir : https://raphael.vaucourte.rparejo.eu/index.php/chansons-den-france-et-de-la-francophonie/). J’ai chanté le Pont Mirabeau à Radio Euskadi, la radio officielle du gouvernement autonome basque la nuit du 3 au 4 décembre 2019 (écouter mon interview). L’avant-première du récital a été présentée à Bilbao (Biscaye, Communauté Autonome Basque, Espagne) le 4 décembre 2019. Voir ICI.

En 1999 j’ai été nommé chargé de mission (assistant de conservation) à la Phonothèque de feu le Musée des Arts et traditions populaires (MNATP). J’ai été chargé, outre du fonctionnement quotidien de la phonothèque, du passage des fiches cartons à une base de données, mais aussi de la modernisation technique du laboratoire sonore (studio) de la phonothèque. C’est lors de cette mission que je suis tombé sur l’enregistrement original du Pont Mirabeau par Apollinaire lui-même. En effet, la phonothèque conservait les enregistrements sonores de son ancêtre direct, les Archives de la Parole (Cf. : http://gallica.bnf.fr/html/und/enregistrements-sonores/inauguration-des-archives-de-la-parole). Et parmi ces archives sonores figurent un disque avec cet enregistrement historique. L’enregistrement peut être écouté ici: https://www.youtube.com/watch?v=5UGA_T4G3Ns. Je joins l’étiquette du disque ci-après.

[Archives_de_la_parole]_Le_[...]Apollinaire_Guillaume_bpt6k1310983j
Étiquette du disque qui conserve l'enregistrement du Pont Mirabeau par son auteur...
Le poème d’Apollinaire mis en musique par Ferré a donné l’une des plus belles chansons de langue française que je connaisse. Je vous redonne le texte complet du poème :
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours Faut-il qu’il m’en souvienne
La joie venait toujours après la peine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l’onde si lasse
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
L’amour s’en va comme cette eau courante
L’amour s’en va Comme la vie est lente
Et comme l’Espérance est violente
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure
Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Vienne la nuit sonne l’heure
Les jours s’en vont je demeure

Raphaël Parejo-Coudert, 28 juin 2017

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